Quelle gouvernance pour quelles valeurs ?

Le cas Auchan : entre gouvernance familiale, participation des salariés et pensée catholique. Une occasion d’examiner l’application de la doctrine sociale de l’Eglise et le modèle dominant de gouvernance.

Wirtz, P., & Laurent, B. 2014. Quelle gouvernance pour quelles valeurs ? RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management, Homme(s) & Entreprise, 13(4): 22–39.

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Le groupe Auchan présente un modèle de détention de la propriété et de la gouvernance d’entreprise très atypique dans le contexte du capitalisme contemporain. Pour légitimer ce modèle particulier, le dirigeant fondateur mobilise dans son discours le registre des valeurs catholiques reçues dans sa jeunesse au sein de sa famille et identifiées comme étant celles de la doctrine sociale de l’Eglise. Ce cas atypique, où les valeurs religieuses sont affichées de façon très visible par le fondateur de l’entreprise, semble donc particulièrement bien adapté pour mener une interrogation exploratoire concernant les fondements éthiques et moraux qui sous-tendent tout système de gouvernance. En effet, le modèle dominant en matière de gouvernance, qui s’est institutionnalisé au cours des vingt dernières années, est souvent présenté comme une solution purement technique, au point de donner l’impression qu’il est complètement neutre en termes de valeurs. Le degré avancé de son institutionnalisation rend, en effet, aujourd’hui peu visible le système de valeurs sur lequel il se fonde. La confrontation avec une entreprise à la gouvernance très singulière, justifiée au contraire par un système de valeurs très visible du fait de son ancrage religieux, montre que la prétendue neutralité de l’approche dominante est un mythe.

 Mots-clés

• Auchan • gouvernance d’entreprise • modèle dominant • doctrine sociale de l’Eglise

English

In the context of contemporary capitalism, the Auchan Group, one of France’s major retail companies, features a very atypical ownership structure and governance system. To legitimize this model, the founder of this company refers to the catholic values he received through his education and which can be labeled as being those of the Church’s social doctrine. This atypical case, where religious values are proclaimed in a very visible manner by the company’s founder seems particularly well suited to make an exploratory enquiry into the ethical and moral foundations of a system of corporate governance. In fact, the dominant governance model, which has become largely institutionalized over the last two decades, is regularly presented as a purely technical solution to the agency problem in the context of supposedly efficient financial markets. The dominant governance model is hence widely perceived as neutral in terms of ethical and moral values. The high degree to which it has become institutionalized obscures, in fact, the value system on which it was founded. Its confrontation with a firm that features a very unique governance system, justified in terms of a highly visible religious value system, reveals that the supposed neutrality of the mainstream approach to corporate ownership and governance is a myth.

Keywords

• Corporate governance • dominant model • social doctrine of the Church